Archives Mensuelles: janvier 2008

N’être qu’une enfant, une fois pour toute.Rien d’autre.Sauvage et inadaptée au monde, définitivement.Se prendre pour une grande quelquefois et faire la fière…penser qu’on a franchi des étapes, imaginer qu’on progresse, que cette quête de soi nous mènera quelque part, qu’on sera récompensée forcément tôt ou tard de tous ces efforts, parce qu’on tient bon finalement, on s’aggripe, on ne lâche pas prise, on doute, on se cogne aux murs, à nos propres limites, mais on continue d’avancer, d’espèrer…malgré l’angoisse et l’obscurité.

Etre rattrapée chaque fois, immanquablement.Survivre à ça, en faire quelque chose.

Sa force est peut-être à la mesure de son hypersensibilité, de sa vulnerabilité extrême…pas sûr…mais le contraire reste aussi à prouver car jusque-là et vu de l’extérieur, elle semble intacte.Jusqu’ici c’était du jeu, se mettre de temps à autre en danger, par goût, par nature, pour ressentir dans sa chair…elle ne sait pas trés bien…mais ce ne fut pas si dangereux, passé au travers…aucune lésion irréversible apparente, y a laissé quelques plume certes, qui s’y frotte s’y pique…normal puisqu’elle a transgressé volontairement les régles, compte bien perséverer dans ce sens là d’ailleurs…une sorte d’entraînement, une préparation, se mettre en condition, pour être prête, un jour…et savoir le reconnaître s’il se présente…l’accueillir avec bienveillance, confiance et la plus grande délicatesse…Même si c’est éprouvant à la longue, toutes ces émotions imprévisibles, toutes ces couleurs, leurs variations infinies, qui vous traversent, vous transpercent, vous rendent poreuse…

A tellement peur d’elle-même…sait qu’elle est capable de détruire trés vite ce à quoi elle tient le plus…de se muer en un bloc minéral et dur, alors qu’au-dedans tout est dévasté, déserté et qu’il n’y a que fragilité, juste un édifice de verre sur le point de se briser.

Cette pulsion lorsqu’elle la sent venir et l’envahir, il est souvent trop tard, trop difficile à transformer puisque réprimer ne sert à rien, bien au contraire…ça vient de si loin, et la source n’est pas suffisamment identifiable, discernable, manque de lumière…c’est comme une marée qui monte, une vague trop grande pour elle…qui emporte, engloutit et la laisse seule, naufragée, punie, comme il se doit.

Parce-que c’est effrayant aussi ce sentiment qu’elle commence à ressentir pour lui en elle, ça prend toute la place…fusionnelle fissionelle, fictionnelle aussi dit-elle…comme si le perdre lui, signifiait sa perte à elle…amoureuse, joyeuse et pourtant menacée…demeurer vigileante.C’est peut-être ça l’amour…même si elle déteste les définitions, les mots plaqués, figés…paradoxale, ambivalente…et presque convaincue que le doute est salutaire dans une certaine mesure… la trop grande confiance lui paraît toujours plutôt suspecte..rend la vie plus facile peut-être mais quel interêt à ses yeux…alors juste une petite esquisse de l’amour…dans son abstraction totalement vivante, son opacité solaire, son mystère…capacité d’abandon… perdre enfin le contrôle, accepter le risque, et baisser la garde, avec insouciance et courage, la fleur au fusil…vivre au mieux cette cohabitation de bonheur inespéré et de perte éventuelle…savoir que notre vie est brève, voué à l’éphémère nous rend le sentiment amoureux absolument précieux, teinté de merveilleux, désormais et à jamais nécessaire…sensation d’éternité partagé l’espace d’un instant, ravissement…

Il n’y pense pas lui, à tout ça…il est dedans simplement…elle ne l’envie pas, n’a jamais souhaité emprunter un autre chemin que le sien, aussi tortueux et torturé soit-il…elle ne sait pas faire autrement, pas encore…s’obstinant à croire qu’envisager le pire la protège, qu’en apprivoisant l’idée, en la manipulant, en la retournant dans tous les sens, dans toutes ses hypothèses plus ou moins douteuses, elle conjure un peu le sort et pourrait surmonter si jamais…superstition absurde et vaine…la vie se chargeant toujours de nous surprendre, comme cette histoire la prend au dépourvu, la cueille, alors qu’elle ne se s’y attendait pas, ne cherchait rien d’autre qu’elle même, ne se sentait pas mûre, maintenant tout est balayé, aucune envie de résister, de lutter contre, ou de mettre en péril ce qui débute juste, cet élan qui les pousse l’un vers l’autre…le retrouver tout à l’heure…impatiente mais savourant cette attente délicieuse, faite de rêves, d’espoirs, d’exaltation…son corps électrique comme parcourue d’une onde lumineuse et chaude…sensation retrouvée d’exister pleinement, tous ses sens en éveil, perception aigûe du monde qui l’entoure..que tout soit possible, la vie, son parfum d’aventure…ça elle aime…

Est-ce que c’est une histoire simple…comme celle qui s’écrit sur cette page blanche, hiéroglyphes juxtaposés trés vite sans réfléchir, nullement décryptés, terrain vague en friche, broussailles et fleurs s’y enlacent presque soudés malgré les épines, les intempéries…l’inconscient seul me traverse et me dicte…juste un homme, une femme, se découvrant peu à peu, tissant suivant une cadence incertaine, mais qui n’appartient déjà qu’à eux, une trame fine, légère encore, une plume…s’y inscrit en filigrane ce qui les relie instantanément par le regard, ce qui échappe…pressentir que ce même fil peut aussi se dérouler brutalement, faire mal…la douleur, ce qu’elle redoute par dessus-tout…les cicatrices enfouies dedans, mal raccomodées, strates et couches mêlées, feuilles d’automne recouvertes par d’autres, n’attendent que ça, elle en est sûre, faire sauter les coutures à la sauvage, et dézinguer partout à l’intérieur, surtout le coeur, le ventre, faire vaciller le centre, mettre en danger…elle a volontairement et simplement glissé sur sa pente naturelle mais c’est un gouffre qui s’ouvre…n’a pas cherché à masquer les faiblesses, laissant entrevoir la médiocrité comme la possibilité de trésors cachés…Il y a ce foutu coeur, toujours lui, qui palpite et cogne, boxeur aveugle, k.o. debout, calmer tout ça, cette course folle, émotion grandissante, respirer régulièrement, pas son fort, pratique l’apnée comme l’amnésie…sa main à lui qui caresse son visage à elle, étrange et absolument impudique, elle la saisit par peur, presque maladroite, puis la garde, s’apprivoise, suspendue sur le fil, ne pas rompre le charme, la naissance de quelque chose d’innatendu…objet non identifié…

Fragile, elle s’était parée de tous ses atours, voulant se montrer sous son meilleur jour…puis avait abandonnée l’idée même de séduire et tous ses artifices, fatiguée…

Etre elle-même, ou s’en rapprocher, lui semblait la seule possibilité, la seule issue désormais, le seul courage qui vaille aussi, parce-que c’était lui peut-être…l’obstacle, la difficulté demeurait, restait à déterminer qui elle était vraiment au travers des fragments, ou tout au moins capter, à ce moment précis, son essence…et puis aussi ce qu’il suscitait en elle de neuf, de précieux, en saisir le souffle, apprivoiser ce désordre qui la boulversait, menaçait sans cesse de la faire trébucher, mais néanmoins troublant, enchanteur…

Pourquoi vouloir dissimuler les failles, gommer les asperités, tout ce qui tôt ou tard finirait bien par émerger, pourquoi souhaiter ressembler à une image figée dont elle se sentirait papillon épinglé, prisonnière, “éprise” à son propre piège…

Pouquoi vouloir taire sa complexité mêlée de banalité, sa mélancolie cyclique et dangereuse, ses errances non dépourvues de transes…pourquoi ne pas dire ce qui l’animait y compris ses névroses, ses folies, jalousies et autres tangages…sa part sombre et lumineuse à la fois…pourquoi ne pas révéler la petite flamme zébrée de rouge, vacillante mais ultra vivante, au-delà du chemin de perdition emprunté jusque-là…sans regrets jamais.

Oublier la mécanique d’érosion, la distorsion, les tiraillements et autres tentatives de sabotages amoureux, de sabotage tout court.

Laisser derrière, pour toujours peut-être…se rassembler multiple…et transformer qui sait…